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Cameroun : les gestes des artisans entrent dans l’archive

À Ekali, au sud de Yaoundé, un artisan ajuste patiemment une lame de bois au-dessus d’une calebasse évidée. Un léger coup, une écoute attentive, puis un nouvel ajustement. Le geste est précis, presque imperceptible. Dans ce moment suspendu où la matière devient son se joue l’essentiel du travail mené par l’Instrumenthèque d’Afrique lors de son étape camerounaise.

Après des escales au Maroc, au Mali et au Rwanda, le projet porté par Afrikayna a poursuivi son itinérance au Cameroun, entre le Musée National de Yaoundé et les villages d’Ekali I et II. Exposition, rencontres et tournages ont permis de documenter les instruments traditionnels non seulement comme objets musicaux, mais comme le résultat de pratiques artisanales et de connaissances transmises au fil des générations.

Plus de 1 500 visiteur·ses ont participé à cette étape, découvrant une exposition immersive consacrée aux instruments africains et aux cultures qui les portent. Mais au-delà de la présentation des objets, l’enjeu du projet est ailleurs : observer et enregistrer les processus qui donnent naissance aux instruments.

Filmer la fabrication des instruments

Fidèle à la démarche développée lors des précédentes étapes du projet, l’Instrumenthèque d’Afrique a poursuivi au Cameroun son travail de documentation audiovisuelle consacré à la fabrication des instruments.

Plutôt que de simples démonstrations techniques, ces captations cherchent à montrer ce qui se joue dans le travail de l’artisan : le choix des matériaux, l’ajustement des pièces, l’écoute attentive du son qui émerge.

Trois artisans et musiciens ont ainsi participé à ce travail de documentation, chacun révélant un univers musical particulier.

Avec Paco Mbassi, la caméra s’attarde sur la fabrication du balafon. L’observation du geste permet de saisir la précision nécessaire à l’accordage des lames de bois et des calebasses résonatrices, dont l’équilibre détermine la richesse sonore de l’instrument.

Paco Mbassi - Balafon

Le regard se déplace ensuite vers Etogo Eric, fabricant et joueur de tam-tam parleur. Bien plus qu’un instrument de percussion, ce tambour reproduit les inflexions du langage et permet de transmettre des messages codés, inscrits dans une longue tradition de communication à distance.

Avec Balla Pierre, l’exploration se poursuit dans un autre registre. La flûte pygmée, instrument discret mais profondément lié aux pratiques musicales des communautés forestières, témoigne d’un rapport étroit entre musique, environnement et vie sociale. Le même artisan présente enfin la fabrication du mvet, une cithare arquée emblématique d’Afrique centrale. Instrument complexe, il accompagne les récits épiques et les traditions orales de la culture Fang, où musique et parole participent à la transmission de la mémoire collective.

Les films réalisés lors de cette étape permettent d’observer des gestes rarement documentés : la sélection du bois, la préparation des calebasses ou encore les ajustements successifs nécessaires pour atteindre l’équilibre sonore recherché.

Une ressource pour comprendre les instruments

Filmer ces processus permet de documenter des connaissances qui se transmettent encore largement par la pratique et l’oralité. L’image devient alors un outil précieux pour en conserver la trace.

Les captations réalisées au Cameroun viennent enrichir la plateforme Instrumenthèque d’Afrique, qui rassemble progressivement des vidéos, enregistrements sonores et ressources documentaires consacrés aux instruments du continent.

Pensée comme une archive ouverte, la plateforme s’adresse aux musicien·nes, chercheur·ses, enseignant·es et à toute personne curieuse de découvrir la diversité des traditions musicales africaines.

Une collaboration entre Afrikayna et Sandja

Cette étape camerounaise s’inscrit dans une collaboration entre Afrikayna et l’association Sandja, fondée au Cameroun en 2001 et engagée dans la sauvegarde du patrimoine musical matériel et immatériel africain.

Les deux structures se rencontrent en 2016 lors du Forum des Musiques d’Afrique à Ségou. De cette première rencontre naît une coopération durable autour de la documentation et de la valorisation des instruments traditionnels.

Depuis, Afrikayna et Sandja multiplient les initiatives communes, associant artisans, chercheurs et musiciens. Cette dynamique a notamment donné lieu à une table ronde organisée en 2025 avec le Bureau régional de l’UNESCO pour l’Afrique, consacrée aux enjeux de préservation et de transmission des instruments traditionnels.

Faire circuler les savoirs

Au fil de ses étapes, l’Instrumenthèque d’Afrique s’affirme comme un projet à la fois documentaire et pédagogique. Les expositions permettent au public de découvrir les instruments, tandis que les captations audiovisuelles constituent une mémoire durable du travail des artisans.

Cette double approche crée des passerelles entre les praticiens, les chercheurs et les publics.

Au Cameroun, comme lors des précédentes escales du projet, ce sont finalement les gestes des artisans, précis, patients, souvent invisibles, qui se trouvent au centre de l’attention. En les filmant, l’Instrumenthèque ne se contente pas de montrer les instruments : elle enregistre les pratiques qui les font exister.

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